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Articles de Dr. Javad ZARIF

COMMENT GERER LES REALITES QUI FAVORISENT L’EXTREMISME ET LE TERRORISME ?

COMMENT GERER LES REALITES QUI FAVORISENT L’EXTREMISME ET LE TERRORISME

Du ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif, ce texte a été publié en décembre dernier par une revue d’Affaires étrangères en décembre 2016 à Téhéran.

On parle beaucoup aujourd’hui du formidable défi que représente le terrorisme et l’extrémisme dans la communauté mondiale, ainsi que des approches visant à combattre et à contenir – et, espérons-le, les éradiquer -. Indépendamment de l’état où se trouve chacun de ces deux défis et quelle que soit la quintessence de la politique officielle de tel ou tel pays, la communauté internationale partage dans son ensemble la conviction commune que ces problèmes doivent être traités de toute urgence. La communauté mondiale doit s’en débarrasser le plus efficacement possible mais je doute que l’immensité de la tâche débouche sur des solutions concrètes efficaces à court terme.

Les problèmes jumeaux du terrorisme et de l’extrémisme, bien au-delà de la polémique sans fin parmi les politiciens, constituent le résultat naturel des défaillances intrinsèques à la situation internationale actuelle récente. Ils ne sont ni confinés à aucune partie du monde, ni exclusifs à une religion et ne peuvent être combattu sur une base régionale seulement par des ripostes militaires. Suite aux attentats su 11 septembre 2001, après quinze ans d’échec généralisé dans la lutte contre le terrorisme, les réalités lamentables du terrain nous poussent à regarder ces défis avec les yeux ouverts, sans illusions ni auto-satisfaction. Il aurait fallu préciser qu’une lutte efficace contre ces deux phénomènes cancéreux appelle une approche globale et une stratégie pluridisciplinaire qui dépend avant tout d’une compréhension sobre de leurs causalités économiques, sociales et culturelles et culturelles. Économiques et mondiales.

Il est certainement nécessaire de disposer – et d’éliminer physiquement – les organisations terroristes extrémistes sur le terrain, mais seulement comme une première étape obligée et uniquement comme une composante d’un effort beaucoup plus important. Les problèmes d’envergure mondiale et de racines profondes exigent une compréhension adéquate et une véritable coopération mondiale pour les affronter. Les perceptions erronées, les fausses représentations et les mouvements de doigts abondent. Mais pour parvenir à une juste compréhension des conditions sociales et globales qui favorisent extrémismes et terrorismes, les suppositions erronées doivent être démystifiées. Que ce soit aux États-Unis ou ailleurs, l’idéologie dominante en la matière semble d’abord répondre à certaines contraintes de discours et d’action politiques. Cela étant, il n’est pas surprenant d’entendre le Conseiller à la sécurité nationale d’un état régional majeur, affirmer : « les extrémistes et les forces syriennes se détruiront sur les champs de bataille de la Syrie ». Cette ligne de pensée et d’action politiques explique, dans une certaine mesure, comment et pourquoi la situation s’est enlisée dans l’impasse actuelle. Les visions myopes et biaisées d’une situation complexe, et encore moins la poursuite de politiques aveugles, sont vouées à l’échec. Ce constat vaut pour la Syrie et le reste du monde…

Il y a un second mythe à déconstruire. Il est facile pour nous en Asie occidentale de blâmer l’Occident comme le coupable ultime de nos problèmes. Il n’y a pas de pénurie d’histoire ici. Les longues ombres et les souvenirs douloureux et l’héritage durable, mais de partage, des « lignes tracées dans le sable » pendant et après la Première Guerre mondiale, continuent de se répercuter et de hanter de nombreux États et communautés en Asie occidentale. Simultanément, il a été encore plus commode pour l’Occident de nous blâmer – les Musulmans dans la région de l’Asie occidentale – indépendamment de nos divergences, désaccords et même de nos conflits et divergences. Pointer les doigts dans les deux directions, et dans la région, est peut-être le plus facile détournement pour tout le monde. Mais ce n’est ni précis ni utile, car notre monde est devenu beaucoup plus complexe que jamais.

Le troisième mythe à casser concerne la relation directe présumée entre la dictature et l’extrémisme et l’affirmation axiomatique souvent répétée que les démocraties ne se combattent pas. Bien qu’il y ait une certaine vérité, la situation actuelle que nous rencontrons aujourd’hui est plus complexe que ne l’indique cet a priori et défie les explications pratiques. Lorsque l’ont voit des individus – nés en Occident et éduqués par les sociétés occidentales démocratiques et développées qui ont le français ou l’anglais pour langue maternelle – glorifier la décapitation d’êtres humains innocents en Syrie et en Irak sur les écrans de télévision et dans le cyberespace, on ne peut se contenter d’explications simplistes et se livrer aux jeux moralisant du « politiquement corrects ». Les enfants élevés dans des environnements démocratiques peuvent tuer leurs voisins, comme les autres. Il n’est tout simplement pas possible de blâmer de telles atrocités sanglantes en utilisant une certaine foi, ou en mettant en accusation uniquement les systèmes éducatifs et politiques régissant les sociétés d’Asie occidentale.

CONDITIONS GLOBALES, INTERNES, REGIONALES

La situation dans laquelle nous nous trouvons, aussi laide qu’elle soit, est trop grave pour simplement rejeter la faute sur l’autre. Le fait est que si nous pouvons reconnaître qu’il y a beaucoup de critiques à émettre, nous devons nous émanciper de l’habitude consistant à toujours jeter le ballon dans la cour d’à côté. Si nous voulons engager une recherche honnête et crédible, il faut commencer par soulever des questions simples mais sérieuses, telles que : qu’est-ce qui crée un extrémiste à partir d’un enfant né et élevé en France ou dans d’autres sociétés européennes ou nord-américaines? Même questionnement pour un jeune né et élevé en Afghanistan, en Syrie, au Yémen, en Libye, en Arabie Saoudite ou ailleurs dans notre propre région ? Nous devons tous commencer par considérer l’extrémisme comme un problème commun et un problème et transversal et non comme celui qui se limiterait à une région, à une race, à une religion ou à une secte.

MANQUE D’ESPOIR

En examinant certaines des conditions concrètes, on mesure à quel point l’espoir ou le manque d’espoir, se situe au cœur de l’équation. Et c’est précisément là que les faits incontournables creusent les présomptions dogmatiques reléguant le problème aux limites d’une région et d’une société, développées ou en développement, occidentales ou orientales, musulmanes ou autres. Un fait est maintenant largement établi – pas seulement en tant que spéculation théorique ou simple hypothèse académique – qu’un fil commun relie tous les activistes qui sont impliqués dans la violence extrémiste : ces derniers se sentent exclus et marginalisés dans leurs sociétés respectives d’origine et nourrissent le même genre de perceptions à l’égard du monde globalisé. Ils ne voient aucune perspective d’un avenir meilleur. Ils ne voient aucune possibilité réelle et concrètes d’épanouissement productif dans un environnement social favorable et humainement favorable – que ce soit dans les sociétés occidentales de plus en plus introverties et xénophobes ou dans les régions confrontées au sous-développement et sans possibilités significatives de gouvernement représentatif. La vague de sentiments nationalistes exprimée durant ces dernières années, en Europe et Outre-Atlantique, constitue une autre illustration de ce désenchantement du monde. Dans le monde développé, même si l’on admet qu’il existe des différences significatives entre les différents modes électoraux et de représentation populaire, on ne peut que constater la crise profonde de ces procédures et les frustrations qu’elles génèrent. Les frustrations post-électorales constituent un phénomène largement partagé par l’ensemble des pays dits « démocratiques ».

MARGINALISATION, CRISE IDENTITAIRE, MANQUE DE RESPECT

Alors que dans les pays occidentaux, les urnes fonctionnent formellement bien, le problème réside dans une autre tendance dangereusement exacerbée: lorsque des parties importantes de la population marginalisée se retrouvent en fin de droits de chômage et, pire encore, voient leurs croyances, leurs convictions et valeurs identitaires régulièrement mises en accusation, il n’est pas très surprenant de voir certains, même très minoritaires, se tourner vers autre chose que des revendications pacifiques. Un politicien européen a déclaré publiquement : « en Occident, si vous attaquez les Noirs, vous êtes un raciste. Si vous attaquez les Juifs, vous êtes un antisémite ; mais si vous attaquez les Musulmans, alors vous exercez votre liberté d’expression ». Ironie bien-sûr, mais une réflexion sincère doit être menée sur les conditions de vie des communautés musulmanes dans les pays occidentaux, sur les accusations et mauvais traitements récurrents qu’elles subissent quotidiennement. Par conséquent, le ressentiment et la colère ne sont pas intrinsèquement liés à un système de croyances spécifiques.

La littérature existante et riche dans le domaine de l’analyse sociale, ainsi que les résultats bien établis de nombreuses études de cas dans diverses sociétés, y compris dans le cas particulier de l’agitation sociale en France qui a enflammé les banlieues difficiles en 2005. Entre la marginalisation et l’aliénation socioculturelle et politique, notre tâche e bien mesurer les problèmes pour engager une course de vitesse contre le désespoir pour inventer des rouages de la machine à espérer.

En approfondissant, on se rend compte qu’un ensemble de facteurs flous est aussi en jeu. Certaines des personnes qui ont commis les pires actes de barbarie au nom de l’Islam n’ont même pas pratiqué auparavant la religion que pourtant ils revendiquent. Il est curieux que l’assassin de l’Hyper-Casher de Paris ait commencé par tirer au hasard sur des personnes, dont des couples ou des personnes isolées et se trouvant là par hasard sans aucune espèce de relation avec l’appartenance à une communauté particulière. La même remarque concerne l’attaque au camion fou contre des familles avec enfants sur La Promenade des Anglais à Nice, le 14 juillet 2016. Cet attentat a été proféré par un individu qui fréquentait des bars. Boire de l’alcool n’est pas compatible, comme la plupart des gens le savent, avec la pratique de la foi. Nous sommes donc confrontés à un problème socioculturel, et non pas uniquement à un phénomène religieux : un phénomène social provoqué par un état profondément ressenti de privation, d’aliénation et de marginalisation dans un environnement prospère et développé, qui refuse la sécurité, le respect, l’engagement et l’espoir à certains individus, groupes et communautés ayant moins de droits que les autres.

INTERVENTION ET TENDANCES HEGEMONIQUES

Une autre question à examiner touche au problème endémique et ancien de l’invasion et de l’occupation étrangères, et de ce que ces agissements ont suscité dans leurs sillages. L’état d’occupation de près de soixante-dix ans en Palestine est le plus pressant. Cela a été encore aggravé par les interventions politiques et militaires systématiques des États-Unis visant à préserver, à perpétuer et à créer la configuration et l’architecture régionales conformes à l’instauration d’un « nouvel ordre mondial ». Lorsque le président George W. Bush a proclamé l’émergence de ce « nouvel ordre mondial » dans son discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies, il a réitéré l’illusion que les États-Unis avaient gagné la Guerre froide. Simple rappel : dans un jeu à somme nulle, l’Occident n’avait pas gagné la Guerre froide. Les Soviétiques l’avaient tout simplement perdue. Mais l’illusion a créé une mentalité et un élan ultérieur pour tenter d’institutionnaliser la conquête perçue à travers des engagements militaires unilatéraux répétés. Ces derniers se sont multipliés presque une fois par an sous les présidents Bush (senior) et Clinton, et pas seulement sous George W. Bush. Certains ont peut-être oublié les opérations quasi annuelles et majeures en Irak dans les années 90, l’invasion de la Somalie, l’attaque contre la Libye, le Kosovo et ailleurs en Europe pendant la première décennie post-Guerre froide. Cet enchaînement morbide illustre à l’envi que les États-Unis n’ont cessé d’utiliser leur force militaire dominante pour imposer et institutionnaliser une suprématie artificielle dans l’ordre d’un monde en pleine mutation.

Cette stratégie active et pro-active des États-Unis – le recours à la force militaire – a atteint un nouveau point culminant avec l’ascension des néo-conservateurs en 2001 à Washington. La tragédie du 11 septembre a précipité l’invasion et l’occupation à grande échelle de l’Afghanistan, puis l’invasion et l’occupation de l’Irak. Incidemment, ces deux aventures militaires américaines ont détruit deux des ennemis mortels de l’Iran : les Taliban à l’est et le régime baasiste à l’ouest. Mais pour nous, à en juger à plus long terme et à l’échelle de la région, ces interventions ont toujours été considérées comme des entreprises politiques coûteuses et désastreuses qui ont inévitablement généré une instabilité qui menace aujourd’hui tous les acteurs légitimes de la région. En février 2003, peu avant l’invasion américaine de l’Irak, et en tant qu’ambassadeur et représentant permanent de l’Iran auprès des Nations Unies, j’ai déclaré devant le Conseil de sécurité: « compte tenu de l’état de la société irakienne et de toute la région – cartes à l’appui -, aucune partie ne peut s’adapter à l’avance et envisager l’avenir avec certitude. Mais l’un des résultats est presque certain : l’extrémisme bénéficiera énormément d’une aventure mal calculée en Irak ». Cette conviction a été largement partagée par mes collègues de la région, même si peu étaient disposés à le dire publiquement. Il ne fallait pas être un génie pour raisonner comme tel. Il suffisait de regarder la réalité en face et d’en faire une analyse honnête et dépassionnée.

Il est maintenant très clair que ces deux échecs sont à la racine même des situations tragiques en cours aujourd’hui en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Quinze ans après l’invasion de l’Afghanistan, est-il plus sûr aujourd’hui qu’en 2001? Mis à part la satisfaction de voir les Taliban défaits, le fait demeure que la psyché blessée du peuple afghan et un profond sentiment de ressentiment qui en résulte continuent de troubler la société afghane ravagée par la guerre. La persistance de l’insécurité et des luttes intestines, aggravée encore plus par l’absence d’investissements sérieux dans l’économie afghane, a conduit à l’émergence d’une économie de la drogue. Le résultat incompressible de l’invasion étrangère a été une continuation de la violence rampante et de l’activité terroriste non contrôlée, ainsi que d’un commerce de la drogue inégalé, fournissant une grande partie de l’héroïne mondiale, que nous devons affronter en Iran et en première ligne.

L’aventure militaire en Irak a donné lieu à la chaîne d’événements et de situations insolubles qui continuent à déstabiliser maintenant notre région : l’émergence et l’assaut de groupes terroristes tels que Dae’ch et le Front Jabhat al-Nosra, enjendrant un cycle de brutalités barabes sans précédent. De nombreux exemples d’actes de terrorisme suicide ces dernières années en atteste, y compris par des recrues dès l’âge de 14 ans, montrant la colère profonde de la population soumise à l’occupation étrangère oppressante. Ce n’est pas seulement une question d’endoctrinement idéologique et de lavage de cerveau d’un groupe isolé de fanatiques. Il s’agit d’une campagne bien organisée et bien financée, utilisant des systèmes de communication ultramodernes et des techniques avancées de lavage de cerveau pour recruter et former des hordes de kamikazes enthousiastes. Le soi-disant « appel des groupes terroristes » est en effet confondant et ahurissant. Il défie notre compréhension commune du monde moderne. De nombreux analystes ont écrit sur le profond sentiment d’impuissance et de ressentiment provoqué d’abord par la question palestinienne encore instable et, plus récemment, par l’occupation violente d’autres territoires arabes et musulmans. Ainsi, nous sommes tous venus récolter ce que d’autres ont semé dans ces terres, qui subit les conséquences à long terme de ces « lignes tracées dans le sable » il y a un siècle.

Il est important de tirer une conclusion encore plus large des malheureuses aventures militaires dans notre région. Autrement dit, l’âge de l’hégémonie est loin d’être acquise. Les développements mondiaux de l’après-Guerre froide, en particulier la multiplicité des acteurs sur la scène mondiale, ont rendu impossible pour une seule puissance mondiale, si disproportionnée que soit sa puissance militaire, économique et idéationnelle, d’agir comme un Frankenstein hégémonique. Le simple fait que les acteurs non étatiques soient devenus des acteurs importants et déterminants de la sécurité est l’une des raisons qui contribuent à la disparition de l’hégémonie. Ces tendances entre 1990 et 2005 ont coûté des milliards de dollars aux contribuables américains, et beaucoup de chagrin, de misère et de perte en vies humaines pour tous. Ils continuent de subir un lourd tribut dans notre région et au-delà sous forme de violence extrémiste. On espère que le nationalisme exacerbé ne tentera pas de ressusciter de telles tendances désastreuses, même si leur contagion populiste erxerce de plus en plus d’emprise sur les électorats. Il doit être reconnu et admis par tous les acteurs régionaux que le même constat s’impose aux tendances hégémoniques régionales. C’est particulièrement le cas en Asie occidentale, qui paie déjà un lourd tribut, traduction régionale des aspirations hégémoniques mondiales. On s’attend à ce que d’autres puissances régionales se joignent à l’Iran pour accepter cette analyse fondamentale afin de travailler à des réponses communes.

FACTEURS INTERNES

Pour comprendre ce qui se passe sur le terrain dans les sociétés aux prises avec les conflits et la violence, il est certainement trompeur de ne se concentrer que sur des facteurs externes ou de s’appuyer sur les théories du complot. Les faits concrets et tout à fait observables devraient être suffisants : des sociétés en voie de développement, déchirées par l’invasion et l’occupation, ne peuvent se développer normalement. La pauvreté endémique et aggravante avec toutes ses conséquences négatives pour le tissu social hypothèque toute possibilité d’avenir sain et raisonnable, tout cela faisant penser à l’environnement social malsain qui sert de terrain propice à toutes sortes de malaises sociaux alimentant la spirale de la violence politique.

L’ETAT EN ECHEC

La composante interne la plus importante de la mosaïque complexe dont nous sommes saisis est l’incapacité du système étatique à répondre à la demande fondamentale d’une population aspirant à la dignité. Il n’en demeure pas moins que certains des pires kamikazes sont venus des sociétés les plus riches d’Asie occidentale et d’autres, de familles assez aisées. L’histoire complète des auteurs du 11 septembre 2001 est un fait connu : 15 sur 19 provenaient d’Arabie saoudite, 2 des Émirats arabes unis et un seul d’Égypte et du Liban. Ainsi, la pauvreté et la privation ne semblent pas tout expliquer. La question se pose alors de savoir pourquoi les gens qui viennent d’un milieu prospère se tournent vers le type de comportement «irrationnel» qui convient aux « desperados ». Pour les analystes qui tentent d’expliquer la montée sans précédent de violence apparemment insensée dans notre partie du monde, la principale raison locale réside dans l’échec historique du système étatique à répondre aux aspirations fondamentales de son peuple et à y répondre efficacement.

Il n’est pas difficile de comprendre la logique inhérente à la révolte des masses désaffectées contre des appareils d’État inexplicables et généralement dysfonctionnels en Asie occidentale. Une révolte contre l’ensemble du système étatique et son incapacité à répondre aux besoins et aspirations de base de la population. Elle peut certainement être comprise – et analysée – en termes d’incapacité frustrante du monde islamique à résoudre la situation palestinienne, mais elle ne se limite pas à elle. On pourrait beaucoup dire et écrire sur les failles et les faiblesses institutionnelles de ces sociétés qui expliquent la situation actuelle, mais ce n’est pas le cas ici, sauf dans la mesure où il porte sur les problèmes jumeaux de l’extrémisme et du terrorisme.

DIVERSIONS TACTIQUES

La frustration de la jeunesse manipulée magistralement par des démagogues extrémistes et leurs financiers pour se libérer – temporairement – par la violence insensée et barbare contre des innocents, est finalement dirigée contre les fondements même des Etats dans la région. Par conséquent, il est dangereusement trompeur d’essayer de désamorcer cette menace existentielle interne en détournant la colère contre les ennemis extérieurs fabriqués. Comme cela a été mentionné plus tôt, certains gouvernements de la région ont initié, armé et financé des groupes extrémistes, tels que Dae’ch et Jabhat al-Nosra, en les utilisant dans des guerres par procuration en Syrie, en Irak et ailleurs. Alors que cette naïveté délirante a déjà causé des centaines de milliers de morts, elle ne pourra pas conduire à l’issue « souhaitée », c’est-à-dire qu’elle n’arrivera pas à faire s’entretuer les citoyens syriens et des extrémistes fabriqués pour détruire les Etats-nations de notre région. Non seulement le peuple syrien ne sera pas exterminé par les extrémistes assassins, mais les images radiodiffusées de leur brutalité finiront par se retourner contre eux. Et ces derniers finiront par mordre la main qui les nourrit et qui les a créé.

IDEOLOGIE DE L’EXCLUSION

Au-delà des appareils d’Etat défaillants et les multiples tentatives de détourner leur attention, il existe aussi une composante pseudo-idéologique basée sur la division, la haine, la dénonciation et le rejet de « l’autre ». Cette idéologie n’a rien à voir avec le message authentique et original de l’Islam – comme le reflète le Livre et la tradition du Prophète. Mais malheureusement, au sein de la communauté musulmane, il existe une idéologie basée sur la notion de «Takfir », ou « rejet » – contrairement à tous les principes de l’enseignement coranique très fondamental. Les groupes Takfiri, y compris Al-Qaïda, les Taliban, Dae’ch, Al-Nosra et une foule d’autres nouvelles variantes plus petites, ont été entièrement et somptueusement financés par des pétrodollars facilement traçables. Cela a été entrepris et poursuivi à travers un réseau mondial de mosquées et d’écoles religieuses, tant dans les sociétés musulmanes qu’ailleurs. Cette propagation massive de la haine a été vendue à l’échelle mondiale et particulièrement aux États-Unis et dans leurs pays alliés, pendant près de quatre décennies en tant qu’Islam « modéré », afin d’affronter un Iran qualifié de « radical ». En tant que tel, il a été non seulement toléré par les États-Unis et leurs alliés occidentaux, mais même promu et protégé.

Mais la perversion Takfiri de l’Islam a produit des métastases en Asie occidentale et au-delà en raison du ressentiment populaire croissant émanant des aventures américaines prolongées en Afghanistan et en Irak, conjugué à une frustration généralisée de l’impasse sociale, économique et politique interne. Tout au long de ce processus, les démagogues ont transformé cette interprétation erronée et pervertie de l’Islam en une collectivité bien organisée à travers des groupes et des forces disparates – dont certains ont une capacité militaire importante, s’appuyant également sur les vestiges du Ba’athisme en Irak.

Le schéma auto-perpétuant d’un cycle réaction-action a amené le sentiment d’une menace immédiate et imminente à la porte même des sociétés démocratiques avancées présumées être immunisées contre de tels phénomènes. C’est pourquoi – et comment – le problème épineux considéré comme pertinent pour un certain secteur, une localité et une culture, s’est imposé à la communauté internationale comme une source de menace active quasi omniprésente, s’étendant de l’Asie de l’Est à travers l’Asie occidentale, l’Afrique du Nord, l’Europe et même l’Amérique du Nord.

LE FACTEUR REGIONAL

Il y a évidemment une composante régionale de la violence extrémiste actuelle, en particulier en Irak et en Syrie. La chute de Saddam Hussein et l’émergence d’un gouvernement populaire élu en Irak ont ​​suscité dans certains pays de la région des inquiétudes concernant un déséquilibre en Asie occidentale en faveur de l’Iran qu’il fallait inverser à tout prix, du moins comme ils le souhaitaient. La branche irakienne d’Al-Qaïda, dirigée par Zarqaoui, dans un mariage organisé de complaisance avec les restes des généraux baathistes, dirigés par Ezzat Ebrahim al-Douri, assurait l’instabilité et la violence dans l’Irak post-Saddam. Plus tard, Dae’ch et d’autres groupes similaires ont pris le relais. Le soutien régional – par les supposés alliés de l’ouest – apporté à ces forces mortifères et criminelles ne peut être ignoré. L’inquiétude a été exacerbée dans une panique après la chute de certains gouvernements « amis » en Afrique du Nord et un soulèvement au Yémen.

Ce qui s’est passé va au-delà de l’Irak et a apporté misère et effusions de sang au Bahreïn, en Syrie et au Yémen et est prêt à engloutir l’Afghanistan et l’Asie centrale. La chaîne d’action et de réaction, combinée à d’autres événements et à certaines déclarations – indépendamment des initiateurs ou des coupables – a bénéficié aux terroristes extrémistes et présente un danger permanent d’escalade et de conflit.

L’existence même de la menace et de sa nature perdurent, comme la situation en Irak et en Syrie ont manifestement conduit à une prise de conscience collective croissante à travers le monde, bien qu’à des degrés divers, ainsi qu’un consensus politique international croissant sur la nécessité urgente de présenter un front commun aux transformations perpétuelles de cette menace. L’Iran, lui-même victime du terrorisme depuis les premiers jours de la Révolution, croit et travaille à l’impératif d’une réponse régionale, décisive et collective afin d’éradiquer les causes profondes de l’extrémisme et du terrorisme. Les initiatives du « Dialogue des civilisations », ont été proposées par l’Iran en 1998 ( bien avant le 11 septembre 2001 et bien avant l’invention d’un « choc des civilisations »). « World Against Violence and Extremism » (WAVE), initiée par le Président Rouhani en 2013 et approuvée par l’Assemblée générale des Nations Unies, diagnostique avec précision les conditions sociales, culturelles et mondiales favorables qui ont donné lieu à la formation et à la propagation de la violence extrémiste. Désormais, le succès de ces différentes initiatives dépend de l’engagement de tous les acteurs, tant au niveau régional qu’international.

Quant à la composante régionale, l’agression de Saddam Hussein contre l’Iran en septembre 1980 et le coûteux conflit de huit ans qui a suivi ont enseigné à tout le monde dans la région du golfe Persique la leçon durable de ne pas pouvoir s’engager dans un autre conflit militaire. L’Iran avait espéré, apparemment en vain, que ses voisins auraient appris, à la suite de la guerre Iran-Irak, la juste mesure du monstre qu’ils avaient créé pour détruire un ennemi fabriqué finissant par devenir leur propre cauchemar. La guerre a également souligné l’impératif des arrangements et des mécanismes de sécurité régionaux, qui a été consacré au paragraphe 8 de la résolution 598 du Conseil de sécurité de l’ONU qui a mis fin à la guerre Iran-Irak. Cette disposition continue d’être pertinente pour promouvoir la coopération régionale en matière de sécurité.

Alors que des forces telles que Dae’ch et ses rejetons doivent être effectivement affaiblies et défaites, un rétablissement significatif de la paix et de la stabilité en Asie occidentale et en particulier dans la région du Golfe persique repose sur la promotion d’un ensemble de principes communs de compréhension mutuelle et de coopération régionale collective.

L’histoire – et les exemples concrets dans d’autres régions, notamment en Europe et en Asie du Sud-Est – nous dit que les pays de la région doivent surmonter l’état actuel de division et de tension afin de se diriger vers la construction d’un mécanisme régional réaliste. Celui-ci peut se construire à partir d’un Forum de dialogue régional. Une telle structure devrait se fonder sur des principes globalement reconnus et des objectifs communs, notamment le respect de la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique de tous les États, l’inviolabilité des frontières internationales, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres, le règlement pacifique des différends, le refus des menaces et de l’emploi de la force pour laisser place à la promotion de la paix, de la stabilité, du progrès et de la prospérité dans la région. Un Forum comme celui-ci pourrait aider à promouvoir la compréhension et l’interaction au niveau du gouvernement, du secteur privé et de la société civile, pour aboutir à un accord élaboré à partir d’un large éventail de questions, y compris des mesures de confiance et de sécurité, dont la lutte contre le terrorisme. Car ai final, il s’agit d’assurer la liberté de navigation et la libre circulation du pétrole et d’autres ressources, ainsi que la protection de l’environnement.

Un tel Forum de dialogue régional pourrait éventuellement développer des accords plus formels de non-agression et de coopération en matière de sécurité. Si ce dialogue doit être tenu d’abord par les parties prenantes régionales concernées, il faut utiliser les cadres institutionnels existants pour le faire vivre, en particulier les Nations Unies. Un rôle régional pour l’Organisation des Nations Unies, déjà envisagé dans la résolution 598 du Conseil de sécurité, aiderait à atténuer les inquiétudes, en particulier des petits pays, afin de fournir à la communauté internationale des garanties et des mécanismes pour sauvegarder ses intérêts légitimes et pour lier tout dialogue régional concernant des questions qui dépassent largement les frontières de notre région.

AJUSTEMENT COGNITIF

L’étude des fondements des diverses situations réelles dans la région de l’Asie occidentale – que ce soit en Syrie ou au Yémen – y compris des différentes évolutions de chaque situation doit être poursuivie, développée et élargie bien au-delà des milites de notre modeste contribution. Toutefois, il ne devrait pas être difficile de comprendre les raisons, les facteurs et les politiques qui ont contribué au développement et à l’émergence de ces situations tragiques. Comme l’a dit un homme politique américain : « tout le monde a droit à sa propre opinion, mais personne n’a le droit de nier les faits ». Les faits sont incontestables et têtus dans cette équation et il est temps pour tous de s’entendre sur l’étude et l’analyse de ces faits avant de tenter d’aborder la question des moyens à mettre en œuvre pour y remédier.

Avec le recul et la prise en compte de la situation globale, il est nécessaire de reconnaître pleinement la dichotomie entre deux conceptions opposées pour aborder les crises régionales et internationales : une mentalité à somme nulle et une volonté de remonter aux vraies causes du phénomène terroriste pour le neutraliser. Dans un monde globalisé, où tout – de l’environnement à la sécurité – a été mondialisé, il est pratiquement impossible de gagner aux dépens des autres. Les approches à somme nulle conduisent à des résultats négatifs. En termes très simples, le choix absolu se pose entre un scénario de « perdant-perdant » et une solution « gagnant-gagnant ». Pas de juste milieu en la matière.

Par conséquent, les conflits en Irak, en Syrie, au Yémen et à Bahreïn n’ont pas de solution militaire. Je ne peux pas insister davantage là-dessus. Ils ont besoin d’une solution politique, basée sur une approche de la somme positive, où aucun acteur réel – naturellement en dehors de ceux qui dirigent la violence extrémiste – est exclu du processus ou marginalisé en vue du résultat. Hélas, ce dicton est plus facile à dire qu’à mettre en pratique. On pourrait cependant se réfugier dans la sagesse du dicton, « là où il y a une volonté, il y a déjà un chemin ». Le récent développement positif au Liban de l’élection d’un nouveau président, après deux longues années de politisation amère est un signe positif. De même qu’au sein de l’OPEP où toutes les parties mettent de côté leurs différences pour parvenir à une solution mutuellement bénéfique – ou plus précisément éviter un résultat généralement désastreux – reflètent une leçon politique simple mais importante: les parties concernées ont abandonné leurs attentes maximalistes – somme zéro – en faveur d’un compromis de travail . Si l’on regarde d’autres situations, en particulier celles de la Syrie et du Yémen, on peut s’inspirer des libanais et espérer qu’un processus politique – c’est-à-dire un processus de concessions et de compromis et d’inclusion – puisse nous éviter la poursuite du carnage actuel. Et le plus tôt sera le mieux.

Malgré les difficultés de chaque crise, il est toujours possible d’explorer et d’aboutir à un résultat acceptable pour tous. Ou, plus franchement, il y a toujours un moyen de « parvenir aux racines concrètes des problèmes » : mais pour ce faire, la définition des problèmes doit être réexaminée. Une fois qu’un problème est défini de manière non nulle, l’étape la plus importante a été prise pour le résoudre. Le défi est avant tout cognitif dans la nature et l’essence. Une fois que les acteurs sont prêts à mettre de côté leurs prédispositions et à penser différemment, les politiques et les actions suivront.

Mohammad Javad Zarif

 

Ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran.

 


19:28 - 31/01/2017    /    numéro : 437463    /    affiche le compte : 1007



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